jeudi 24 janvier 2013

Mon légionnaire sent bon le sang chaud

Une polémique agite les réseaux sociaux et les « médias.fr » depuis qu'un légionnaire (en opération au Mali) a été photographié avec un foulard à tête de mort évoquant grandement Ghost, personnage du très populaire jeu vidéo de guerre Call of Duty.


Cette image devint vite du pain béni pour une bienpensance de tout poil qui, étrangement, ne trouva rien à redire sur l'arme porté par ce soldat ou sur ses activités quotidiennes. Il est donc utile de rappeler certaines réalités du métier de légionnaire et de la guerre aux moralisateurs 2.0 (et autres bienpensants sous Windows/Android/iOS) qui « veulent en savoir plus mais pas trop », et ce, peu importe que l'on approuve, désapprouve ou questionne l'intervention française au Mali contre les milices djihadistes.



À l'instar des U.S.Marines ou des Royal Marines, un légionnaire est un soldat spécialement formé pendant plusieurs années (aux frais du contribuable) pour tuer d'autres êtres humains. Son entraînement physique et psychologique - plus poussé que celui du soldat régulier - lui permet d'affronter durablement la réalité brutale, sale et sanglante de la guerre qui selon le blog Odieux Connard, « est une activité traditionnelle au même titre que le chant, la danse [...] pratiquée par l’Homme depuis la nuit des temps pour mettre fin à certains désaccords entre différents groupes humains. Qu’il s’agisse de s’emparer de ressources indispensables au bon fonctionnement de l’un des groupes comme d’eau pour survivre, de pétrole pour faire tourner son économie ou de femmes pour récurer ses slips, voire plus prosaïquement d’étendre son territoire, la guerre peut varier en durée et ampleur en fonction de nombreux critères ».



Conformément à la mission qui lui a été confiée par l'Etat français - appelé à la rescousse par le gouvernement malien peinant lourdement à protéger des populations civiles subissant exécutions sommaires, amputations, molestations et destructions – le légionnaire est sommé de tuer chaque jour plusieurs dizaines de djihadistes par tous les moyens à sa disposition: blindé, fusil d'assaut, pistolet, grenade, poignard, mains nues, etc.

D'une certaine façon, si le légionnaire de Serge Gainsbourg « sent bon le sable chaud », celui de l'armée française « sent bon le sang chaud »...

Abou Djaffar ne mâche guère ses mots : « Oui, chère Madame, cher Monsieur, chers citoyens modèles, un soldat français est un tueur en puissance, chargé de projeter la volonté politique de l’Etat – et de la nation, dans la plupart des cas – et de l’imposer à nos ennemis. Et cette projection de puissance se fait par la violence parce qu’on s’est rendu compte assez vite que dans certaines circonstances un simple discours ferme mais poli ne suffisait pas. […] Et la guerre n’est pas – attention au nouveau choc intellectuel – un événement indolore. Elle est au contraire l’imposition de notre volonté à l’ennemi en lui infligeant le plus de pertes, le plus de dommages, jusqu’à ce que l’un des deux camps n’en puisse plus et demande la fin de l’affrontement. C’est un concours dans la souffrance et le sacrifice, subis et infligés. En portant ce masque annonciateur de mort, ce légionnaire, fidèle à la réputation de son corps, montrait sa détermination à tuer et sa capacité à encaisser les chocs. Il mettait également ses pas dans une tradition millénaire qui veut que les guerriers portent les signes extérieurs de leur mission, plus souvent des crânes que des tutus. »

Dès lors, on peut sincèrement s'interroger sur les fondements d'une polémique visant un foulard qui susciterait tout au plus de l'indifférence, de l'hilarité, des sarcasmes ou de l'admiration dans la cour d'un lycée à Paris ou lors d'un vernissage à Lyon.

Je suis d'autant plus frappé par une hiérarchie militaire (dans des bureaux feutrés et chauffés/climatisés à Paris) qui veut infliger des sanctions à ce soldat exerçant un métier très dangereux et très mal payé c-à-d appliquer les ordres de cette même hiérarchie dans l'enfer de la guerre. Schizophrénie, quand tu nous tiens. 


Ceci n'est pas la guerre !

Quelques années/décennies plus tôt, l'institution militaire incarnait fermement l'autorité et une certaine rusticité notamment face à d'inutiles sensibleries. Tout porte à croire que ces valeurs  salvatrices aient également déserté les états-majors...

Au train où vont les choses, les soldats n'auront plus le droit de boire une bière, de fumer un joint, d'avoir une relation sexuelle avec un(e) compagnon/compagne d'armes ou un(e) civil(e), de regarder un film X, de jouer à un jeu vidéo et encore moins d'utiliser leurs armes à feu en temps de guerre.

Tuer des ennemis sur le champ de bataille ? Mais vous n'y pensez pas, insolent !

En savoir plus : Le faux buzz du légionnaire masqué (Actudéfense)

1 commentaire:

Frederic SOTTEAU a dit…

Les diarrhées verbales à l'encontre de nos légionnaires, fruit de pleutres dont les seuls risques dans leur vie consistent à oublier de demander à leurs partenaires de porter une capote avant de s'amuser .. la ou d'autres s'emmerdent.
En ce qui concerne la hiérarchie des bureaux elle est souvent à l'image du Général Carpentier en Indochine... un Grand expert en mondanités...! qui une fois chargé de combattre à préféré la fuite. Les Carpentiers de cette espece font malheureusement les 4 planches de nos fantastiques soldats!